La soif qui conduisait ton destin anxieux L'a guidé pas à pas vers les sources cachées ; Tous tes passés sont morts comme des fleurs fauchées, Au tournant où des yeux ont rencontré tes yeux.
Et tu ris aujourd'hui, droite parmi tes traînes, De mener au plaisir ce faste de paon blanc, Tandis qu'une pensée au front, un cœur au flanc, Tu sens brûles an toi l'huile des lampes pleines.
Avant les battements funèbres de la fin, Tu songes aux bonheurs qui t'auront assouvie, Tu cours vers l'avenir, haletante de vie, Comme un enfant joueur bondit dans le jardin.
Sous son calme château, ta coiffure dressée Cache l'abstraction grave de ton esprit Que les heures sans joie ont lentement mûri Et fait plus savoureux qu'une pêche blessée.
Mais si, pensive encor d'avoir longtemps souffert, Tu te complais penchée aux profondeurs des causes, L'Été sait dominer ton rêve de ses roses Lourdes de leur fraîcheur mariée à ta chair.
Tu vas, portant ta tête ainsi qu'une corolle, Ou la livrant au creux fatigué des coussins ; Ton tressaillant vouloir forme tous les desseins Et ta bouche ivre au vent jette toute parole…
Va ! tends tes bras à tout pour que tout soit ton bien ! Hante, après la campagne aux heures parfumées, La Ville trépidante et ses nuits allumées : Que ton cœur soit solitaire et soit saturnien.
Et parfois, comme on monte un monument de cartes, Que ta pitié construise un temple de Bonté Avec l'horreur au loin de cette humanité Que ne peuvent changer nos décrets et nos chartes.
Conserve au fond de toi, tel un noyau, l'orgueil De hautement penser près de celui qui t'aime ; Laisse vivre, dardée au plus noir de toi-même, Ta conscience ouverte et fixe comme un œil,
‒ Sachant bien que pour nous rien n'est plus nécessaire Que d'aimer toute chose avec des cœurs charnels Où chante, malgré tout, l'espoir d'être éternels, Comme une inconsciente et sublime prière.
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