Je pense seule à ma fenêtre de Paris, Devant le Louvre noir dans le temps glauque et gris, Devant la Seine entre ses quais de pierre dure. Ses ponts, ses deux ou trois peupliers sans verdure.
Je pense au cher pays d’Afrique tout doré Qui, dans un pli profond de ma mémoire, brille ; A ce Paris qui fut et demeure ma ville ; A des pays encore inconnus où j’irai ;
A ma tendresse au fond de moi comme un sourire, A des choses aussi que Ton ne peut pas dire Et qui brûlent mes yeux de domination. Je pense avec indifférence et passion
A tout ce qui m’attend, à tout ce qui m’amuse. — Et la lune, qui s’accentue avec le soir, Avance tout à coup, comme une qui veut voir, Dans mon rêve secret son visage d’intruse.
Le Louvre me regarde au coin noir de ma vitre Avec les yeux profonds de l’histoire de France. Pourtant, aimé-je encor la chère accoutumance De Paris ? Mon destin m’ouvre un nouveau chapitre.
Il faudrait s’accouder et se reprendre toute. Mais comme jamais plus mon regard ne s’arrête, Je vais toujours devant et sans tourner la tête : Car j’ai quitté tous les pays. Je suis en route.
Le cri des bateaux sur la Seine M’entre en plein cœur comme un poignard. Mais je suis seule. Nul n’est là pour mon regard, Pour mon âme et ce qui la mène.
Mon cœur s’est éteint dans le gris, Mon cœur où flamboyait l’Afrique… Repose dans mes mains, mon cœur mélancolique. Voici ce que t’a fait Paris.
O moi passée, ô mon aînée ! N’avons-nous pu nous délier ? L’Afrique se débat dans mon mal familier Gomme en un piège d’araignée.
L’Afrique est morte, mouche d’or, Dans les réseaux de la grisaille… Poignards, cris des bateaux, à quoi bon qu’on s’en aille Si l’on doit au retour se retrouver encor ?
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