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1930

D'UN SOIR DE MAI

Lucie DELARUE-MARDRUS

Ma porte grande ouverte à l'esprit du printemps Laissait entrer le soir et ses parfums de fête Avec les chants aigus des oiseaux, à tue-tête, Tout ce qui nous engage à n'avoir que vingt ans.

Les ombres du dehors tremblaient jusqu'à ma table, Le parquet reflétait le crépuscule clair. Et je restais assise à respirer cet air, Cette fraîcheur, cette fraîcheur indubitable.

Je n'attendais, ne désirais qu'odeur de fleur, Que charme d'un grand soir de printemps sans nuage. Je ne comparais pas à tout cela mon âge, Je ne regrettais pas 'automne de mon cœur,

Mais plutôt je songeais à la belle jeunesse Telle qu'elle est pareille à ce soir d'aujourd'hui, avec tout ce qu'elle a de force et de faiblesse, Et j'aimais tendrement le printemps pour autrui.

Les morte et les vivants et moi-même passée Vivaient autour de moi parmi cette beauté. J'aimais, ‒ et qu'importait ma grande âme lassée ? ‒ J'aimais le mois de mai dans son éternité.

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