Pour nous incliner, toutes blanches,
Sur nos soldats rouges de sang,
Nous avons relevé nos manches
Avec un geste caressant.
Ils ont connu notre sourire,
Et nous avons connu le leur.
Quelque chose qu'on ne sait dire
Vit entre nous comme une fleur.
Les brutalités de la guerre
Ont créé ce miracle-là.
Tous les canons et leur éclat
Devant ceci doivent se taire.
Loin de nos fils, frères, maris,
Loin de leurs mères, filles, femmes,
‒ O parfaite entente des âmes !
Le sang et les pleurs sont taris.
Là-bas, des furieux s'empoignent,
Ici tout est calme et ciel bleu.
Il n'y a que femmes qui soignent
Et qu'hommes revenant du feu.
Plus de classe, plus de barrière,
Le pays n'a plus qu'un seul cœur.
O mon frère, je suis ta sœur,
Toi le soldat, moi l'infirmière.
Nous nous aimerons toujours bien,
Quand la guerre sera finie.
Que la guerre soit donc bénie,
Puisqu'elle a forgé ce lien.
Charmant petit soldat de France,
Reconnaissant, respectueux,
Ne regrettons pas la souffrance.
Nous nous sommes compris… Tant mieux !