Ce soir, passant le long de la mer retirée
Morne, avec un couchant pâle à son horizon
Et des arbres fanés par l'arrière-saison
Roux aux troncs noirs, tordus sur sa rive effondrée,
En écoutant le bruit monotone et mineur
Des eaux dans les cailloux, il m'est venu ce rêve
De passer avec toi sur cette même grève
Grave et le cœur serré par un vague bonheur.
Je nous voulais marchant auprès des chansons bleues
Du flot, les bras unis avec tous les reflets
Du crépuscule aux yeux, et, parmi les galets,
Traînant derrière nous nos deux robes à queues,
A pas lents, inclinant l'un vers l'autre nos fronts,
Moi toute jeune encor, toi matrone hautaine,
Et sentant, au travers de l'étoffe incertaine,
Côte à côte nos cœurs battre dans nos girons.
Et, regardant au sol marcher l'ombre jumelle
De notre enlacement, pâle, devant la mer,
Je t'aurais confié tout bas mon cœur amer
Troublé, changeant, étrange, insondable comme elle.