C'est le général mort que l'on emporte au pas, Dans un débordement de fleurs et de soldats, Devers une tranchée aux éternelles boues D'où l'on ne revient pas.
Un cercueil pour canon entre les lourdes roues Met des pleurs sur les joues. C'est le général mort que l'on emporte au pas. La foule a salué par un vaste silence
Celui qui, sur l'affût qui le traîne et balance, Est un héros vainqueur pour toujours endormi, Celui qui fut la lance Devant quoi, monstre en feu, recula l'ennemi.
Nulle voix n'a gémi. La foule a salué par un vaste silence. Le peuple de Paris a vu les chars de fleurs, Les drapeaux alliés de toutes les couleurs,
Et les lents bataillons bleus comme la turquoise. Martiales pâleurs, Et, couvrant le sauveur de la Seine et de l'Oise, Un drapeau d'une toise.
Le peuple de Paris a vu les chars de fleurs. Le peuple de Paris a vu le cheval triste, Si long vêtu de noir, derrière l'améthyste Des crêpes violets recouvrant le cercueil.
Allant où rien n'existe, Le maître était suivi par son cheval en deuil. Dans la pompe et l'orgueil, Le peuple de Paris a vu le cheval triste.
Par azur et soleil de juin, plus d'un drapeau Flotte, grande aile ouverte au-dessus du troupeau, Chacun d'eux plus sacré qu'une sainte bannière, Ayant reçu l'impôt
Du sang mâle tout frais, sang de la Grande Guerre. Voici, dans la lumière, Par azur et soleil de juin, plus d'un drapeau. Entre les flots ouverts des foules infinies,
Voici, visages africains, les colonies, Blancs et noirs sont mêlés, sur le grand échiquier Des forces réunies, Voici, petits et grands, les canons sans pitié,
Gens à cheval, à pied, Entre les flots ouverts des foules infinies. Silence, peuple ! C'est le défunt général. Il passe, tristement suivi par son cheval
Qui traîne à ses sabots sa grande robe noire. C'est le deuil nuptial De celui que la mort marie avec la gloire. Il entre dans l'Histoire…
Silence, peuple ! C'est le défunt général ! Silence ! Ouvrez les yeux !… La victoire s'annonce ! Ces troupes, dont le front sous le casque s'enfonce Sont déjà des soldats qui reviennent du feu.
Qu'elle meure, la ronce Qui nous étouffe encor d'un exécrable nœud ! Par ce cortège bleu, ‒ Silence ! ouvrez les yeux !… ‒ la victoire s'annonce ‒
Ouvrez les yeux ! Parmi le cortège aux pas sourds, Au battement voilé de crêpe des tambours, Voici : Spectres au loin, derrière Notre Dame, Toutes les autres tours,
Le Louvre et les palais suivront le corps sans âme Que le silence acclame. Ouvrez les yeux parmi le cortège aux pas sourds ! Ce pauvre petit corps enfermé qu'on promène,
C'est celui du sauveur de l'Oise et de la Seine. Saluez, gens, drapeaux, palais, tours et pavé ! Paris, un jour de haine, Par ce mort glorieux qui s'en va, fut sauvé.
A tout jamais, Ave, O pauvre petit corps enfermé qu'on promène !
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