‒ Qu'est-ce que tu dis, belle automne
Toute dorée au fond du soir ?
‒ Je dis : « Que ton cœur ne s'étonne
De ces choses qu'il te faut voir.
« Chaque feuille morte fut verte.
De celles que je perds sans vent,
Mais tout ce qui court à sa perte
Refleurira comme devant.
« Il ne naîtra pas d'autres choses
Que celles qui vont au trépas.
Aux roses succèdent des roses,
Et l'énigme n'existe pas.
« L'univers, rythme monotone,
Devrait t'apprendre ton destin.
Le printemps guette sous l'automne,
La nuit prépare le matin.
Tout ce qui vit jette semence,
Le même engendre le pareil.
C'est l'éternité du soleil
La nature dit : « Recommence ! »
« Pourquoi les terrestres humains
Seraient-ils différents des feuilles ?
Augure de tes lendemains
Par l'automne où tu te recueilles.
« Depuis qu'existe l'univers,
Rien ne change et rien ne varie.
Morte saison, saison fleurie,
Arbres jaunes, puis arbres verts.
« L'eau qui sommeille dans mes flaques
S'évapore et redevient eau.
Pourquoi rêverais-tu de Pâques
Et d'âmes montant vers le haut ? »
‒ J'ai dit : « Automne solennelle,
J'accepte le rythme et la loi,
Mais la feuille individuelle,
Mais l'âme, aussi, qui disait : « Moi ».
Où donc va-t-elle ? Où donc va-t-elle ? »