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1902

CONTRADICTION

Lucie DELARUE-MARDRUS

Ma jeunesse passait, souriante et funèbre, Attendant les bonheurs qui nous viennent trop tard, Et, devant moi, mes yeux plus noirs que la ténèbre Répandaient l'ombre en feu de leur grave regard.

Je cherchais en silence une âme, mon aînée, Qui me pliât sous un baiser prodigieux, Et des yeux plus obscurs encore que mes yeux Où sombrerait ma vie âpre et passionnée.

Un désir d'émouvante et fatale pâleur M'attirait vers de lourds parfums, vers des mollesses, Vers un noir océan, vers une nuit de tresses Défaites, où rouler, où plonger jusqu'au cœur…

Quand je voulais la proie à jamais abattue Sous mes dix ongles d'or crispés jalousement, Celle a qui je pourrais, géniale et têtue, Donner enfin mes sens impérieux d'amant,

Pourquoi devant mes yeux qui dévoraient le monde Vins-tu, blanche et flexible en souriant un peu, Clignant, sous ta crinière indiciblement blonde, Tes cils froids où s'aiguise un regard dur et bleu ?

Pourquoi vins-tu, si dissemblable de mon rêve, Jeter ton doux ricanement à mon sanglot, M'apporter ton amour si durable et si brève Qui demeure et s'enfuit ensemble comme l'eau ?…

Cet inquiet baiser qui jamais ne s'attarde, Souhaitais-je en nourrir mon désir emporté ? Ai-je rêvé sentir sur mon âme hagarde La danse de ton vice et de ta vérité ?

T'ai-je appelée, O toi qui n'es pas le mensongeT'ai-je appelée, O toi qui n'es pas le mensonge

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