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1901

CONSEILS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Si tu viens à hanter le parc atteint d'automne, Passe les yeux mi-clos sans chercher le détail De chaque feuille chue ouverte en éventail Sous les lourds marronniers où plus rien ne chantonne.

Ne suis pas du profond de l'œil, sous d'autres troncs, D'autres envols muets dans les clairières tues, Ni l'arabesque au ciel des branches dévêtues, Ni n'entends les corbeaux crier aux environs ;

Ne te retourne pas vers l'allée où peut-être Ta traîne fit parmi les feuilles un sillon, Et ne t'attarde pas en quelque station Trop pensive à graver ton chiffre sur un hêtre ;

Puis, ne te penche pas à voir dans les étangs T'apparaître à rebours le spectre de toi-même Dans l'eau menteuse où dort un paysage blême Que dérange le vent par coups intermittents ;

Même, n'allonge pas vers les dernières roses Ta main qui les voudrait à ta bouche ou ton cœur, Plus douces d'avoir fait éclater leur fraîcheur Quand le dehors n'a plus que des choses décloses ;

Et quand tu reviendras t'asseoir au coin du feu, N'y reste pas songeuse et la tête pendante ; Rouvre le tome clos sur la page pédante, Et que tout ton esprit s'y plonge peu à peu.

Car si ton pas s'attarde et si tu te reposes, Si tes prunelles voient, si ton oreille entend, Si ta face se penche au-dessus de l'étang Et si ton geste va vers les dernières roses,

Et si, près du foyer où le silence dort, Tu restes le front bas et les mains désœuvrées A voir l'allusion dans les flammes zébrées Des feuilles de novembre aux larges chutes d'or,

Tu sentiras la fin s'achever dans ton âme De tout ce qui se meurt au dehors : le beau temps, La verdure, les champs, le chaud et tes vingt ans Plus pesants à ton cœur qu'âge de vieille femme ;

Et vers la lune à l'heure où sans bruit elle sort Du bois que lentement le lent automne oxyde, Tu lèveras des yeux remplis de suicide Et des bras déjà fous du geste de la mort.

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