Si je cours ici les chemins
Parmi l'ivresse journalière,
Si je revois la vieille ornière
Où passèrent mes pas gamins,
Si mon front tristement se plie
Ou se redresse de plaisir,
Que jamais mon âme n'oublie
A qui je dois ce long loisir.
C'est vous, gens des grandes batailles,
Gens de la Marne et de Verdun,
Grands et petits, de toutes tailles,
Milliers qui ne formez plus qu'un,
C'est vous qui nous gardez nos villes
Et nos campagnes à tous vents,
C'est vous les morts, vous les vivants
Qui nous faites nos jours tranquilles.
Nous devrions, dans nos maisons,
Toutes les fois qu'art ou musique
Bercent notre vie extatique,
Nous tourner vers les horizons.
Beaux rêves, belles promenades,
Nous devrions, là-bas, ici,
Penser à nos grands camarades,
Et sans cesse dire : « Merci ! »