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1908

CONQUÊTE

Lucie DELARUE-MARDRUS

L'Afrique déboisée où l'orge est déjà grande Balance en plein soleil un printemps vert amande. Nous avançons le long d'une route sans fin Où l'odeur des épis dans le vent donne faim.

Pour fermer le quadruple horizon des campagnes, Il s'élève une tour de Babel de montagnes. ‒ Qui me dira pourquoi, loin du sol coutumier, Mon cœur se gonfle ici comme un cœur de fermier ?

Pourquoi, devant la houle immense de cette orge Et ces monts, je suis prise âprement à la gorge, Pourquoi je sens, ai fond de mon sang terrien, qu'en somme, et malgré tout, ce pays m'appartient ?

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