Blanche le long des bords et noire à l'horizon,
La mer équinoxale achève sa montée,
Et se rue et s'écrase à l'assaut sans raison
De la côte violentée.
Colère aveugle, horreur sans but… A moi la mer !
Sur la haute falaise ainsi battue en brèche,
Je regarde, debout et seule au vent d'hiver,
Chaque vague qui se dépêche.
Et j'avance et je cours dans l'herbe sans chemins
Pour mieux livrer mon âme à la brute divine,
Et, devant sa fureur qui fonce et qui ravine.
Je sens ma haine des humains.
‒ Veux-tu me prêter, mer ! cette force qui gronde ?
Moi, je te prêterai ma sombre volonté,
Et toutes deux, ce soir, nous détruirons le monde,
Pour détruire l'humanité !