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1918

COLÈRE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je me sens parfois si sauvage Sur mon cheval Que la rencontre d'un visage Me fait du mal.

Seule le long des routes vides, L'esprit béant, J'ouvre tout grands mes yeux avides Sur le néant.

Le vent du galop qui m'emporte Aux lointains bleus Tord la crinière et mes cheveux De même sorte.

O monde mourant d'anémie, Fuis mon chemin ! Laisse-moi ! Je suis l'ennemie Du genre humain.

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