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1910

CLAIR DE LUNE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Ce soir, la lune fixe ensorcelle les arbres. Les grillons de juillet eux-mêmes se sont tus ; Le silence est couché sur les foins abattus… Dis ?… Ne sommes-nous pas plus pâles que des marbres ?

Allons-nous-en le long de l'allée en biais, Quittons à pas de loup la maison à mi-côte. On n'oserait jamais se parler à voix haute, N'est-ce pas ?… Taisons-nous. Il fait étrange et frais.

Le foin nous envahit de ses rustiques baumes. A part cette senteur, rien n'a de vérité. Sont-ce des prés, des bois, des champs ? Est-ce l'été ? Sommes-nous deux vivants ? Sommes-nous deux fantômes ?

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