C'est l'immobile clair de lune
Qui fait des spectres dans le pré.
Avec des torpeurs de lagune
Brille l'estuaire diapré.
Je m'en vais, lente et romanesque.
Mes servantes sont là, dehors.
Leur groupe compose une fresque
De vivants blancs comme des morts.
Pour la lune j'ai laissé l'âtre
Où danse le plus beau des feux.
Doucement un mot monstrueux :
‒ Cette nuit ils vont bien se battre…
Poésie et douceur de nuit
O mystère ô salut des âmes,
Voici ce que des voix de femmes
Disent sous la lune qui luit !
Clair de lune, et toi, chère automne,
Double et miraculeux trésor,
Goutte d'argent parmi de l'or,
Que ma France en feu me pardonne,
Mais, dans ma grande passion
De cette heureuse nuit si claire,
J'ai, dans mon cœur, dit à la guerre :
« Scandale et profanation ! »