Dans mes fenêtres que voilà,
J'ai la vallée et l'estuaire.
Mais plus proche est le cimetière.
J'ai vue aussi sur l'au-delà.
Je regarde dans l'autre monde.
Je n'y vois jamais rien bouger.
Nul fantôme qui me réponde,
Tout est calme comme un verger.
La mort apparaît végétale
A qui la contemple de près.
Je vois, minuscules forêts,
Des rosiers dont l'ombre s'étale.
Un if a dépassé la croix.
Un autre, parfois, la remplace.
De l'herbe est poussée à la place
Des beaux ornements d'autrefois.
Les pauvres dépouilles humaines,
Lorsque nul ne les soigne plus,
A l'abandon sous leurs talus,
Travaillent, patientes graines.
Ceux qu'on mit sous terre à six pieds
N'y restent pas toujours tranquilles.
Opiniâtres et fragiles,
Un jour ils sortent tout entiers.
Dans quelque rosier qui dévie
Ils remontent des profondeurs,
Et, par des feuilles et des fleurs,
Respirent de nouveau la vie…
J'ai compris pourquoi, quelquefois,
Dans l'ombre ou le soleil en fête,
Je demeure, croisant les doigts,
A renverser longtemps la tête,
Pourquoi, sans songes, sans amour,
Je reste, indifférente et close,
Dans le bien-être de la rose
Que je serai peut-être un jour.