Skip to content
1908

CIGARETTE DORÉE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je sentais de profil brûler mon œil étrusque Comme dans le musée ancien que nous aimons, Et fumais… Tout à coup surgit l'ivresse brusque D'une bouchée en pleins poumons.

Lors, ce qui passe et vit dehors contre les vitres Entra. Ce fut un monde invisible et divin. Une chèvre bêla comme un faune. Il advint La matière de cent chapitres.

Il advint le mystère ordinaire des jours Qu'on ne peut percevoir parce qu'on n'est pas ivre, Parce qu'étant normal on est aveugle et sourd Et qu'on se contente de vivre.

Pas besoin de mourir pour trouver du nouveau ! Je vois ! l'Univers pâle est grouillant de merveilles. Toutes mes personnalité se font pareilles, Et je n'ai plus qu'un seul cerveau.

Je suis simple d'esprit ! Des bravoures assises Nous en avons fini, cœur las et fanfaron ! Je vais pouvoir ce soir comparaître aux Assises Internes, qui m'acquitteront.

Je vais enfin marcher au pas avec la clique De la vie, et jouir de son quotidien. La routine ? Elle était sublime. Tout est bien, Tout se débrouille, tout s'explique.

Les villes et le reste à l'extrême horizon, Les mers où le vent claque aux voiles ineffables, Tout respire dans l'or et les couleurs des fables : Nos enfances avaient raison.

Et s'il faut l'attester, la miette de joie Témoigne : le bonheur attend dans les chemins. Voici le bout doré, vraie et première proie Qui me demeure dans la main.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
CIGARETTE DORÉE · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove