Invisible cerf que je veux forcer
Dans l'automne d'or flamboyante et morte,
Invisibles chiens, invisible escorte,
Quels yeux que les miens vous verront passer,
Mon cheval réel a peur des fantômes,
Moi, presque un esprit, j'ai peur des vivants.
Qui verra la reine aux yeux émouvants
Parcourir son rêve aux vastes royaumes ?
Les traces du cerf sont dans le hallier,
Il y a du sang jusque sur ce hêtre.
J'entends alentour les chiens aboyer.
Ma meute glapit… c'est le vent peut-être
Quelqu'un, il me semble, a sonné du cor.
Est-ce pour la vue ou pour la curée ?
Le cerf n'est pas là, le cerf n'est pas mort,
Le cerf court toujours l'automne empourprée.
Taïaut ! Dans le soir je l'ai vu, je crois !
Était-ce sa tête ? Était-ce une branche ?
Il portait au vent, recourbée et blanche,
La nouvelle lune entre ses deux bois.
Vite ! Lancez-vous, mes grands chiens sauvages !
Vite, mon cheval ! Galopons sur lui !
Vite, mon escorte ! Avec les nuages,
A travers les bois, courons dans la nuit !
Le cerf disparaît, la lune s'efface,
Le silence noir règne sur le val.
Sous le ciel d'orage où s'enfuit la chasse,
Je suis toute seul avec mon cheval.
Dans l'automne d'or flamboyante et morte,
Invisible cerf que je veux forcer,
Invisibles chiens, invisible escorte,
Quels yeux que les miens vous verront passer ?…