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1910

CHANT DE GUERRE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je bénis le destin qui pour moi décida Que je ne serais qu'une femme. Mais la guerre, ce mot de sang, de bruit, de flamme, Rien qu'à le prononcer ma faiblesse réclame,

Et je deviens, moi, femme, un furieux soldat. Alors voici mon rêve : Ardente chevauchée, Je suis là sur mon grand cheval, Avec tons, galopant par le mont et le val,

Hurlant parmi les miens contre un pays rival, Hurlant avec le tas, anonyme et penchée. -Canons ! Chevaux ! Soldats ! A nous ! C'est notre sol Nos coutumes, nos arts, nos lettres

Que nous défendons tous contre de nouveaux maîtres C'est aussi l'avenir, le bien des'futur s êtres, Héritiers de l'esprit français, si grand, si fol ! Certes, nous l'avons fait, le songe humanitaire

De sublime fraternité, D'universelle paix, d'unanime bonté. Mais nous lui préférons la vieille absurdité D'aimer mieux notre race à nous, et notre terre.

Qu'elle vienne, la guerre, et se dresse parmi Notre indolente fantaisie ! Alors nous oublierons ce qui nous rassasie, Car n'est-il pas plus grand que toute poésie,

Le cri de notre haine insultant l'ennemi ?

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