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1910

CHANSONS DES BARQUES DE NUIT

Lucie DELARUE-MARDRUS

A la pêche toujours fidèles, Sur la mer où plus rien ne luit, Nous entrouvrons nos grandes ailes Comme des papillons de nuit.

Chacune de nous reste seule Sur la tranquillité des flots, Sans nul feu que le brûle-gueule De quelqu'un de ses matelots.

Dans l'immensité taciturne, Loin des fanaux et des reflets, Nous prenons le poisson nocturne Dans nos invisibles filets.

Mais dans le port qui brille et bouge, Le phare, des barques prend soin, Et sa lumière verte et rouge Nous rassure toutes de loin.

Car si l'heure vient, d'un coup d'aile Chacun des papillons de nuit Retourne à la bonne chandelle Qui pour le ramener reluit.

La mer monte. Au large ! A la barque La belle'pêche nous attend. Déjà la»grande voile s'arque, Le foc sur le beaupré se tend.

Au dur travail toujours fidèles, Sur la mer où plus rien ne luit, Ouvrons-nous de toutes nos ailes, Comme des papillons de nuit !

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