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1918

CHAMPIGNY

Lucie DELARUE-MARDRUS

Sur nos chevaux, dressés de toute notre taille, Nous avons traversé cette plaine du soir. Je ne me lassais point, au passage, de voir Ces monuments qui crient : Champigny la Bataille !

Héros ! C'est à cheval et non pas à genoux Que je vous saluais, ce soir, vivante cible Sous l'exécrable feu germain. Est-il possible Que l'on ait pu venir tuer nos gens chez nous !

Des drapeaux, de la pierre au large de la plaine, Bornes montant moins haut que les meules de blé, Et qui marquent l'endroit où repose, assemblé, Un groupe de Français ivres de mâle haine.

Au creux du crépuscule à droite s'effaçant, Paris quotidien s'allume dans la brume. Mais, parmi ce couchant pacifique, je hume Je ne sais quelle odeur ancienne de sang.

Patrie ! O cruel mot qui ne veut pas se taire ! Je songeais à ces morts couchés sous les labours. Je disais : « Leur sang coule aux veines de la terre, Et cette odeur, ici, persistera toujours. »

Ce Paris violé, jadis, comme une femme, Le regardant au loin dans son couchant câlin, Tout bas je répétais, la colère dans l'âme : « A nous d'entrer un jour en vainqueurs à Berlin ! »

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