Ceux-là, tous ceux-là, gros d'écœurantes essences,
Pesants de leur banalité coupable ; aux yeux
Arrondis salement sur les concupiscences,
Langues lasses d'avoir médit, cerceaux terreux
Bondés d'horreurs : plaisir médiocre, facile
Vanité, bas trafic, égoïsme imbécile,
Ceux-là, le Tout le Monde, en un mot, actuel,
Farandole du jour le jour, foule asservie
Au culte des conventions, au rituel
Du préjugé, bigots des routines, leur vie
A ceux-là, n'a pour but et pour combinaison
Qu'elle-même d'un bout à l'autre… Ils ont raison.
Nous ne sommes que des fous parmi ces lucides,
Ils vivent l'existence humaine comme elle est,
Ils ne lèveront par leurs prunelles placides
En haut, ne souffriront ni du mal, ni du laid,
Ne demanderont pas pourquoi tourne la roue ;
Mais, contents de marcher les deux pieds dans la boue,
Ils suivront leur chemin terrestre sans écart,
Ne cherchant jamais plus en l'être que la vie,
Et c'est nous, les grands bras tendus, nous le regard
Toujours en l'air et vers ce qui nous fait envie,
Nous les amants de l'impossible, nous ces fous,
Qui perdrons l'équilibre et cherrons dans les trous.