Ces fleurs que j e lui porte, hélas ! c'est pour moi-même
Je me forge encor ce lien.
Pour elle, désormais, qu'on l'oublie ou qu'on l'aime
Elle n'a plus besoin de rien
Ce long chemin suivi, ce marbre qu'on décore,
C'est pour se faire une raison.
Je me dis que sa tombe est presque une maison,
Qu'elle est là qui m'attend encore
Lorsque j'allais la voir, au temps qu'elle vivait,
Je lui portais toute ma vie.
Comme elle savait bien être sombre ou ravie
Au gré de ce qui m'arrivait !
— Maman, c'est moi ! J'apporte, avec mes fleurs futiles,
La lumière, l'espace, l'air,
Trois choses qu'avant tout il te fallait hier
Et qui ne te sont plus utiles
C'est moi, maman ! Ainsi qu'autrefois sous ton toit,
J'apporte, avec ces fleurs vivantes,
Mes yeux, ma voix, mon cœur, trois choses émouvantes.
Mais qu'est-ce que cela pour toi ?
Invisible, à présent, et seule, et séparée,
Tu n'es qu'un nom sur du granit.
Il ne te faut plus rien que l'étroit petit nid
Où ta personne est emmurée
Pour en arriver là, que de jours, que d'efforts !
Prends donc cette gerbe légère.
Je la pose en tremblant, ainsi qu'une étrangère
— Oh ! l'indifférence des morts !