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1908

CAVALIER TACITURNE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Cavalier taciturne, à l’heure où se recule La mer, lorsque s’endort la diurne couleur. Je sens tout ce qui sombre avec le crépuscule Entrer au fond de moi pour me briser le cœur.

Qu’ai-je admis, qu’ai-je aimé dans la pleine lumière ? Et voici que le soir met mon orgueil à bas. Je chercherai toujours et ne comprendrai pas Le secret de ce cœur d’énigmatique pierre.

Nul n’a su détourner mes prunelles vers lui. Mais du creux du lointain monte la nuit marine, Et si fort sa douceur me gonfle la poitrine. Et je me sens si haute et triste dans la nuit…

Déesse intérieure, ô ma seule Vivante ! Comme tu lèveras l’impossible regard De tes yeux vers la lune à l’horizon levante, Et que tu seras pâle et qu’il se fera tard !

Verrai-je devant moi ta face solennelle Que les heures du jour ne doivent jamais voir, O lune ? Et franchissant le firmament du soir. Songerai-je longtemps joue à joue avec elle ?…

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