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1908

CARTHAGE EST LÀ

Lucie DELARUE-MARDRUS

Carthage est là ! Prends la pioche dans ta main Et frappe n’importe où cette terre trop mûre : Punique, chrétien, romain. Le sang des siècles sortira de la blessure.

Carthage est là ! Prends garde aux spectres ! Sous tes pas Toute l’histoire dort et la plaine regorge. Le vent passe. Les champs remuent. Les épis d’orge Recommencent la houle antique des combats.

Marius pleure encor dans ce ruisseau qui flue ; Au cœur de ce couchant saigne la mort des saints ; Droite sur les faisceaux des cactus assassins, Dans ce petit cyprès Salammbô te salue.

Regarde ! la nuit plane et s’abat. Il fait noir. — Est-ce Tertullien ou la voix des colombes ? Retourne-toi ! Tes yeux peuvent encore voir Les vagues de la mer, creuses comme des tombes.

Le flot vient de noyer la torche que brandit Sur l’orgueil des cités le soir incendiaire. Silence sur mer et sur terre ! Carthage est morte à tout jamais : Caton a dit.

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