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1918

BLEUETS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Gentils bleuets, garçons qui portez nom de fleur, Nous nous inclinerons très bas devant votre âge, Adolescents d'hier, jeunesse plus que sage, Vous que nous ne pouvons regarder au visage

Sans un respect plein de douleur. Nous ne vous savions pas marqués du fatal signe. Petits qui grandissiez si passionnément, Ni qu'à l'âge où l'on va devenir un amant

Vous songeriez tout bas à votre testament, Avant que de vous mettre en ligne. Vos mères vous serraient, joyeuses, dans leurs bras, Sans entendre venir le destin effroyable.

A peine entriez-vous dans la jeunesse aimable,, Avec grand appétit, comme on se met à table, Que les canons sonnaient le glas. Canons, injuste glas de la jeunesse mâle !

Encore rougissants sous leur beau casque bleu, Héros à taille mince, enfants voués au feu, Quand ils crient: « Au revoir ! » Nous murmurons: « Adieu ! » Devant leur phalange bleu pâle.

Ce ne sont plus vos fils, mères, mais des troupiers ! Nous génération si tristement aînée, Regardant du côté de la troupe emmenée, Nous voyons revenir, foule humble et consternée,

Du sang qui rampe vers nos pieds.

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