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1902

BLESSURE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Mon enfant, ma blanche douceur, Je te quitte ce soir comme à l'accoutumée… — Ah ! ne devine pas encore, bien aimée, Quel adieu sanglotant ce soir est dans mon cœur,

Quelle porte s'est refermée ! Trop de passés sont entre nous Et ton âme jamais n'épousera la mienne. Puisqu'il ne se peut pas que rien ne nous souvienne,

Désunissons nos bras enlacés à nos cous, Retourne à ton amour ancienne. Le souvenir est plus que moi… — Debout, je piétinais ma grande lassitude

Pour suivre ta beauté passante au regard froid. Mais voici : je reprends, ce soir, ma solitude, La route de ma solitude. Tu n'étais pas pour moi… Jamais

Je ne romprai le sceau de songe et de silence Qui fermera ma bouche à l'amour, désormais, Car je ne retrouverai l'horreur et l'opulence De l'autrefois sans espérance.

Souris en me quittant, ce soir, Et donne-moi tes mains, et donne-moi ta bouche. — Mais que ton tendre corps doucement se recouche, Toi qui ne peux sentir, squelette dans le noir,

Quelle mort se penche et te touche.

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