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1901

BELLE NUIT

Lucie DELARUE-MARDRUS

La lune était aux cieux à l'heure de minuit Comme une grande perle au front noir de la nuit. Tout dormait et j'étais comme seule sur terre. J'ai regardé la lune étrange et solitaire

Sur laquelle , Sapho, se sont fixés tes yeux Aux temps antiques quand, de ton pas orgueilleux, Tu hantais par les nuits l''île coloniale, Toute seule, levant ta tête géniale

vers le ciel où mettait l'astre son pâle jour. C'est alors qu'à ta lyre, ô Muse de l'amour ! O Muse du désir et des folles tendresses, Frissonnaient tes beaux doigts habiles aux caresses

Et que chantait parmi la marée et les vents Ta bouche ivre aux baisers complexes et savants… Oh ! de songer tout bas qu'à cette lune blême Tes yeux s'étaient rivés, grande Sapho, de même

Que les miens quand, parmi le sommeil de la nuit, Je veillais seule avec mon éternel ennui ! Prêtresse de l'amour qu'ils appellent infâme, O Sapho ! qu'a donc pu devenir ta grande âme ?

Sous la lune qui vit ta joie et ta douleur, Je t'ai chantée, aimée, admirée en mon cœur, Moi poétesse vierge, ô toi la poétesse Courtisane, ô toi l'aigle orgueilleuse, l'Altesse !

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