La lune était aux cieux à l'heure de minuit
Comme une grande perle au front noir de la nuit.
Tout dormait et j'étais comme seule sur terre.
J'ai regardé la lune étrange et solitaire
Sur laquelle , Sapho, se sont fixés tes yeux
Aux temps antiques quand, de ton pas orgueilleux,
Tu hantais par les nuits l''île coloniale,
Toute seule, levant ta tête géniale
vers le ciel où mettait l'astre son pâle jour.
C'est alors qu'à ta lyre, ô Muse de l'amour !
O Muse du désir et des folles tendresses,
Frissonnaient tes beaux doigts habiles aux caresses
Et que chantait parmi la marée et les vents
Ta bouche ivre aux baisers complexes et savants…
Oh ! de songer tout bas qu'à cette lune blême
Tes yeux s'étaient rivés, grande Sapho, de même
Que les miens quand, parmi le sommeil de la nuit,
Je veillais seule avec mon éternel ennui !
Prêtresse de l'amour qu'ils appellent infâme,
O Sapho ! qu'a donc pu devenir ta grande âme ?
Sous la lune qui vit ta joie et ta douleur,
Je t'ai chantée, aimée, admirée en mon cœur,
Moi poétesse vierge, ô toi la poétesse
Courtisane, ô toi l'aigle orgueilleuse, l'Altesse !