Cet automne est si doux qu'on porte de la toile
Encor. Dans mes cheveux j'ai mis comme une étoile
Un chrysanthème, l'un des tout premiers éclos ;
Puis je me suis penchée au petit mur du clos
En face des beaux prés que baise la mer bleue,
Les temples dans les poings, avec ma robe à queue
Enroulée à mes pieds, à voir, à pas très lents
Paître, sans relever leurs gros yeux indolents,
Les vaches aux deux pis gonflés comme des outres,
Les taureaux s'agacer les cornes dans les poutres
Et, redoutant la hâte automnale des soirs,
Sans bruit, rentrer au port parmi le roux des branches,
Le papillonnement sans fin des voiles blanches.
Et, seule, j'ai vécu dans la simplicité
Des choses, oubliant notre modernité
Complexe, détraquée, étrange, psychologue,
Une heure de soleil calme comme une églogue.