La Seine a la couleur et l'odeur d'un poisson ;
Elle est vivante et écaillée,
Son eau nourrit une moisson
D'algues molles grouillant de flore et de feuillée ;
Nous aimons voir s'y refléter,
Le long des rives symétriques,
Les paysages pleins d'arbres et de fabriques
Avec un morceau blanc et bleu du ciel d'été.
A rebours du courant et les rames inertes,
S'y dandinent des barques vertes
Où, pour quelque fretin rare et fallacieux,
Sont des pêcheurs silencieux.
La berge est dure d'herbe drue
Où vaguent des débris et des marques de pas ;
Et des gens venus de la rue
S'y couchent près de l'eau qu'ils ne regardent pas.
Car ce n'est pas pour eux que cette Seine coite,
Qui brille à nos yeux et qui ment,
Berce en elle la vie ample, sournoise et moite
Des mirages exacts et du palpitement…