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1902

BANLIEUES

Lucie DELARUE-MARDRUS

La Seine a la couleur et l'odeur d'un poisson ; Elle est vivante et écaillée, Son eau nourrit une moisson D'algues molles grouillant de flore et de feuillée ;

Nous aimons voir s'y refléter, Le long des rives symétriques, Les paysages pleins d'arbres et de fabriques Avec un morceau blanc et bleu du ciel d'été.

A rebours du courant et les rames inertes, S'y dandinent des barques vertes Où, pour quelque fretin rare et fallacieux, Sont des pêcheurs silencieux.

La berge est dure d'herbe drue Où vaguent des débris et des marques de pas ; Et des gens venus de la rue S'y couchent près de l'eau qu'ils ne regardent pas.

Car ce n'est pas pour eux que cette Seine coite, Qui brille à nos yeux et qui ment, Berce en elle la vie ample, sournoise et moite Des mirages exacts et du palpitement…

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