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1918

BALLADE DU MOBILISÉ

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le garçon s'en revient des champs. Il mène la haute charrette Où la récolte, en tas penchants, Va vers la grange toute prête.

C'est le beau mois de la moisson. Le garçon, légèrement ivre, A sur la bouche une chanson Qui dit tout son bonheur de vivre.

Devant le premier des hameaux Il entend le tambour qui sonne Et, soudain arrêté, frissonne, Doutant s'il a compris ces mots :

« Amis, la guerre est déclarée, Que chacun rejoigne son corps. Venez tous en troupe serrée, A nous les jeunes et les forts ! »

Aussitôt une sainte transe S'empare en même temps de tous ; Un seul cri dit : « Vive la France ! L'Alsace et la Lorraine à nous ! »

Le garçon a repris sa route Au pas pesant de ses chevaux. Son âme se soulève toute Et s'élance par monts et vaux.

A la ferme, il entre : « Mon père, Ma mère, et toi, ma sœur, je pars. Voici l'heure des grands départs, Vive la France ! C'est la guerre ! »

Après la première stupeur, Chacun en sanglotant l'embrasse, Mais lui, garçon de bonne race, Leur dit : « Je reviendrai vainqueur !

« Au revoir, ô ma belle ferme, Au revoir, ô miennes et miens ! Après avoir combattu ferme, Dans quelques mois je vous reviens.

« Toi, mère, et toi, ma sœur Marie, Pour moi récitez un Ave. Allons, enfants de la Patrie, Le jour de gloire est arrivé ! »

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