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1939

BALLADE DU FEU

Lucie DELARUE-MARDRUS

La cheminée est un théâtre Où l'on voit le drame du feu. La nuit, assise au coin de l'âtre, J'assiste, pensive, à ce jeu.

C'est tout un enfer qui se meut, C'est tout un orage qui tonne, Et voici, brûlant camaïeu, Les grandes couleurs de l'automne.

Par ici le ballet folâtre De plus d'un petit esprit bleu, Par là le bois opiniâtre Qui se fend soudain au milieu.

Un follet siffle tant qu'il peut ! D'un fil d'or plus fin que cheveu La bûche, tout doux, se festonne. Au centre, s'embrouille le nœud

Des grandes couleurs de l'automne. Silencieuse comme un pâtre, Toute seule et pareille, un peu, A quelque croyant idolâtre,

Moi, je déchiffre cet hébreu. Dehors, la lune ; ou bien il pleut. Mon rêve doucement mitonne Et revoit, oubliant le lieu,

Les grandes couleurs de l'automne. Va ! Si mon cœur brûle et s'émeut Comme toi, mon feu monotone, C'est qu'il porte aussi, plein d'adieu,

Les grandes couleurs de l'automne.

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