La cheminée est un théâtre
Où l'on voit le drame du feu.
La nuit, assise au coin de l'âtre,
J'assiste, pensive, à ce jeu.
C'est tout un enfer qui se meut,
C'est tout un orage qui tonne,
Et voici, brûlant camaïeu,
Les grandes couleurs de l'automne.
Par ici le ballet folâtre
De plus d'un petit esprit bleu,
Par là le bois opiniâtre
Qui se fend soudain au milieu.
Un follet siffle tant qu'il peut !
D'un fil d'or plus fin que cheveu
La bûche, tout doux, se festonne.
Au centre, s'embrouille le nœud
Des grandes couleurs de l'automne.
Silencieuse comme un pâtre,
Toute seule et pareille, un peu,
A quelque croyant idolâtre,
Moi, je déchiffre cet hébreu.
Dehors, la lune ; ou bien il pleut.
Mon rêve doucement mitonne
Et revoit, oubliant le lieu,
Les grandes couleurs de l'automne.
Va ! Si mon cœur brûle et s'émeut
Comme toi, mon feu monotone,
C'est qu'il porte aussi, plein d'adieu,
Les grandes couleurs de l'automne.