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1939

BALLADE DU CINÉMA

Lucie DELARUE-MARDRUS

Chers passés, anciens arômes ! Quand, écoliers dans nos pensions, Vers les cirques, les hippodromes, Le théâtre et ses fictions,

Impatients, nous nous poussions, Savions-nous, la joue écarlate, Que de telles émotions Deviendraient vieilles notions

A l'âge de l'image plate, Que dans les cinémas, royaumes Où tourniquent des Ixions, On vouerait la foule aux fantômes

Parmi des acclamations ? Que, privés de pulsations, Sans que nulle couleur n'éclate Parleraient des abstractions

A l'âge de l'image plate ? Dévorant manuscrits et tomes Pour en nourrir leurs actions, Ces spectres, ces vapeurs de bromes,

Pâles mystifications, Osent mille indiscrétions, (Jusqu'à Jésus devant Pilate !) Mais tant de déclamations

Sont l'âge de l'image plate. O public ! La star qui te flatte N'a nul droit à tes passions : N'ayant que deux dimensions,

Hélas ! C'est une image plate !

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