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1939

BALLADE DES CHEVEUX COUPÉS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Foin de la toison d'immortelle Qui nous tombait jusqu'au talon ! Les cheveux poudrés ? La dentelle ? Nous avons, nous, pris du galon.

A nous haut de forme et melon ! Transformons le vieil anathème Qui pesait sur nous comme plomb : L'esprit court, les cheveux de même.

Rien, une toute petite aile Suffit au minois brun ou blond. « Oh ! C'est si commode !… » dit-elle. Mais le coiffeur, en son salon,

Dix fois par mois fait le frelon A l'entour de ce chrysanthème, Répétant, devise ou flonflon : « L'esprit court, les cheveux de même »

Voire à l'époque où l'on dételle, Soit-elle échalas ou talion, Sous les ciseaux elle pantèle. (Qu'en dirait monsieur Fénelon ?)

A sa crinière d'étalon Si les crins manquent, l'on en sème. Dorés ? Gris ? Blancs ? Noirs ? C'est selon. — L'esprit court, les cheveux de même.

O chignon, ô vieux diadème, Rejoins les cendres d'Absalon ! Nous tenons, nous, le bon filon : L'esprit court, les cheveux de même.

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