Skip to content
1939

BALLADE DES AILES

Lucie DELARUE-MARDRUS

D'un avion perdu qui dans le ciel s'efface J'entends passer là-haut le dur bourdonnement, Et si mes yeux levés ne suivent pas sa trace, Tout mon esprit tendu l'escorte sombrement.

Car ce songe étoilé qu'on nous fit faire, il ment ! Puisqu'enfin tu naquis, aigle humain, toi qui braves Et l'azur et l'orage, à nous le ciel !… Vraiment ? Des ailes ? Nous aurons des groins dans des caves.

Monter plus haut, honneur de la moderne race ! Quand les siècles passés rampaient si lourdement Sans espoir de jamais s'élancer dans l'espace, Nous, d'un bond nous avons crevé le firmament.

C'est ainsi qu'attirés par un sublime aimant, Ayant réalisé ce rêve de dément De n'être plus du sol les éternels esclaves, Notre envergure s'ouvre et plane immensément.

Des ailes ?… Nous aurons des groins dans des caves. Plus de visage. Un masque animal le remplace. Cet éther violé n'est plus qu'étouffement. Femmes, vieillards, enfants, tout un peuple s'entasse

Sous terre, dans la peur et le gémissement. Faisant tonner la mort et partout la semant, L'horreur passe au zénith sur deux ailes concaves. Quoi ? Cueillir quelque étoile ainsi qu'un diamant ?

Des ailes ?… Nous aurons des groins dans des caves. O démon ! Qu'as-tu fait de notre enchantement ? Un naufrage de plus dont flottent les épaves. Où donc est le recours ? Où donc le talisman ?

Des ailes ?… Nous aurons des groins dans des caves

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
BALLADE DES AILES · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove