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1939

BALLADE DE QUELQUES DAMES LÉGIONNAIRES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Sous les yeux ronds des peuples étonnés, La France met au féminin ses gloires. Or Bonaparte et tous ses galonnés, Voyant passer tant de dames notoires

Se doutent-ils, outre quelques pourboires, Qu'elles ont dû, pour gagner ces faveurs, Longtemps servir, travaux préparatoires, Sainte Putain, patronne des honneurs ?

O grands soldats qui furent les aînés, La femme ayant impudeurs péremptoires, Leur boutonnière est où vous devinez. Vous bombiez, vous, plastrons ostentatoires,

Mais notre siècle a changé de victoires, Et Haut les Culs remplace Haut les Cœurs. — Ah ! que tu sais de petites histoires, Sainte Putain, patronne des honneurs !

Les cheveux teints et les appas fanés, Qu'importe !… Un jour ministres provisoires Dans ces restants viennent fourrer leur nez. Poches à fiel, sous les lacrymatoires,

Tout aussitôt de verser gouttes noires, Larmes de joie où le fard joint ses pleurs. — Va, ruban rouge, orne leurs promontoires Sainte Putain, patronne les honneurs.

Héros obscurs, ô mères, quels prétoires Honoreront vos courages, mes sœurs ? Ah ! prends pitié des malheureuses poires, Sainte Putain, patronne des honneurs !

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