Sous les yeux ronds des peuples étonnés,
La France met au féminin ses gloires.
Or Bonaparte et tous ses galonnés,
Voyant passer tant de dames notoires
Se doutent-ils, outre quelques pourboires,
Qu'elles ont dû, pour gagner ces faveurs,
Longtemps servir, travaux préparatoires,
Sainte Putain, patronne des honneurs ?
O grands soldats qui furent les aînés,
La femme ayant impudeurs péremptoires,
Leur boutonnière est où vous devinez.
Vous bombiez, vous, plastrons ostentatoires,
Mais notre siècle a changé de victoires,
Et Haut les Culs remplace Haut les Cœurs.
— Ah ! que tu sais de petites histoires,
Sainte Putain, patronne des honneurs !
Les cheveux teints et les appas fanés,
Qu'importe !… Un jour ministres provisoires
Dans ces restants viennent fourrer leur nez.
Poches à fiel, sous les lacrymatoires,
Tout aussitôt de verser gouttes noires,
Larmes de joie où le fard joint ses pleurs.
— Va, ruban rouge, orne leurs promontoires
Sainte Putain, patronne les honneurs.
Héros obscurs, ô mères, quels prétoires
Honoreront vos courages, mes sœurs ?
Ah ! prends pitié des malheureuses poires,
Sainte Putain, patronne des honneurs !