Pour distraire un petit cette saison maussade
Où fut le triste été sans cesse agonisant,
Où, nuit et jour pourris sous une averse fade.
Les prés n'eurent, les soirs, jamais un ver luisant,
S'il nous faut découvrir le passe-temps plaisant
Qui console ce cœur que l'on a sous la pluie,
Sagement méditons le dire paysan :
« Avec l'heure et le feu, jamais on ne s'ennuie. »
L'automne va venir, cette grande malade.
Jouant de cent reflets aux couleurs du faisan,
Ses feuilles s'en iront en folle débandade,
Et sa pourpre et son or seront, décor grisant,
Ouvrage de la Mort, très habile artisan.
En l'attendant parmi les cendres et la suie,
Rallumons dès ce soir le grand feu bienfaisant.
Avec l'heure et le feu, jamais on ne s'ennuie.
Car la pendule avec sa petite saccade
Qui répond dans un coin aux bruits du feu jasant,
Car l'heure et son refrain de gnome en embuscade,
Car le feu qui tout bas nous parle — ou soi-disant, —
(Monotone duo qui va nous amusant)
Aident à rêvasser notre front qui s'appuie,
Et, quand on sait goûter leur charme reposant,
Avec l'heure et le feu, jamais on ne s'ennuie.
O bûche dont l'ardeur brûle en te détruisant,
Tic-tac au bout duquel sera notre âme enfuie,
Je te mercie, ô jeu cruel et complaisant !
Avec l'heure et le feu, jamais on ne s'ennuie.