Berthe, ma fidèle servante
Qui me traitez en nourrisson,
Et, qu'il fasse beau, pleuve ou vente
Me cuisinez chair et poisson,
Qui toujours êtes là, fervente,
Afin que je m'en trouve mieux,
Je souhaite, longtemps vivante,
Qu'un jour vous me fermiez les yeux.
Vous n'êtes pas femme savante.
Ce n'est point là votre façon.
Telle qu'elle est, votre chanson
M'agrée, et, certes, je vous vante
De n'être rien que la suivante
Autour de mon front studieux.
Un jour viendra l'heure émouvante
Où vous me fermerez les yeux.
Parfois la vie est énervante,
Et je gronde et fais la leçon.
Certains jours, une humeur mouvante
Me fait sacrer comme un garçon.
L'amitié n'est pas décevante
Entre nous, pourtant. Toutes deux
Faisons la paix l'heure suivante,
Avant que de fermer les yeux.
O bonne présence qui hante
Ma solitude, soins pieux,
Quand viendra la grande épouvante,
C'est vous qui fermerez mes yeux.