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1902

BAISER

Lucie DELARUE-MARDRUS

Renverse-toi que je prenne ta bouche, Calice ouvert, rouge possession, Et que ma langue où vit ma passion Entre tes dents s'insinue et te touche :

C'est une humide et molle profondeur, Douce à mourir, où je me perds et glisse ; C'est un abîme intime, clos et lisse, Où mon désir s'enfonce jusqu'au cœur…

— Ah ! puisse aussi t'atteindre au plus sensible, Dans son ampleur et son savant détail, Ce lent baiser, seule étreinte possible, Fait de silence et de tiède corail ;

Puissé-je voir enfin tomber ta tête Vaincue, à bout de sensualité, Et détournant mes lèvres, te quitter, Laissant au moins ta bouche satisfaite !…

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