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1905

AVENIR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Normandie herbagère, éclatante et mouillée, Mon esprit et mon sang, mon amour, mon pays, Nous voulons venir vivre un jour, doux et vieillis Parmi tes prés, au fond d'une maison rayée,

Et, possédant un clos planté de beaux pommiers, Quelques bêtes, des blés et du cidre en barriques, Essayer que nos cœurs, comme ceux des fermiers, Se fassent plus noueux et plus forts que des triques.

Notre bien s'étendra du côté de Rouen. La cathédrale au loin dépassera la haie, La Seine imbibera notre herbage en jouant, Et nous aurons à nous une petite baie.

Par des après-midi de printemps vigoureux, Quand les aubépiniers attendent qu'on les cueille, Nous irons doucement par les verts chemins creux Où Ton se croit roulé dans une immense feuille.

L'été, nous rêverons, quand la nuit sent le foin. Nous aimerons aussi les craquantes automnes, Et l'hiver étendu sur les prés monotones, Quand l'énorme feu flambe et qu'on s'assied au coin.

Afin, quand nous mourrons, que notre corps s'enlise Au cœur du sol natal par la pluie arrosé, Sous des pommiers, autour de la petite église, Où dort profondément ma race au nez rusé,

Et qu'étant au milieu des femmes et des hommes Qui vécurent tassés clans un même horizon, Il tombe sur nous tous, selon chaque saison, Les fleurs de ces pommiers,leurs feuilles ou leurs pommes.

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