Dans tes sables, Égypte, où des foules funèbres
Reposent, donne place à de plus récents morts.
Sois maternelle à ceux qui dorment par le corps
Et qui furent sultans en Islam, et célèbres.
Dans leurs derniers palais, les mameluks défunts
Sont à jamais couchés, loin de toutes les houles.
Ayant à leur côté, comme un coq a ses poules,
Leurs quatre épouses d'ombre aux doux visages bruns.
Les marbres, orgueilleux et hauts lits de parade,
Sont de blancs reposoirs où, dans un néant frais,
Ils s'extasient peut-être à des rêves concrets
Que leur conte la mort, discrète Schahrazade.
L'immense capitale est dans un creux, dehors ;
Le Nil la baigne et court vers les horizons vides,
Et le soleil se couche au flanc des pyramides…
Un jour de moins pour les vivants et pour les morts !
Or, chaque pyramide assise dans le sable
Dit à ces tombeaux roux qui sculptent le désert :
« Vous n'êtes que l'Islam, religion de chair.
Vivez ! Passez ! C'est nous la pierre impérissable ! »
Mais nul n'entend la voix du silence du soir.
Vers un trou des vieux murs où reposent les âmes,
Un grand coq rentre avec ses poules, dans le noir,
Comme un sultan vivant parmi ses quatre femmes.