je m'en irai bien loin des villes où vous êtes, Sans au revoir et sans adieu. Je m'en irai Hors de vos glas européens et de vos fêtes, Ouvrir ailleurs mes yeux de Pharaon doré.
L'Afrique chaude où l'air a le goût des bananes Ou des dattes, me tend ses sables éblouis. J'aimerai ce pays qui n'est pas mon pays, Je le posséderai dans des mains musulmanes.
Je ferai ruisseler entre dix ongles toux La pourpre de son cœur qui bat dans les sanguines. Je m'envelopperai des blancheurs bédouines Pour n'inquiéter pas sa gazelle aux yeux doux.
Pour être son petit cavalier fier et fourbe Ivre de violence au vol des étalons, J'enjamberai les bonds d'un cheval au col courbe Qui porte un talisman parmi ses cheveux longs.
Elle me livrera des villes de chaux pâle Où je viendrai m'asseoir au cœur du contretemps Des tambours, dans l'odeur d'encensoirs excitants, Et son parler fera ma bouche gutturale.
J'étreindrai ses moissons, son Sahara, ses eaux, Ses cités, et j'aurai sa fleur à mon oreille, Et chaque soir tombant me verra moins pareille A vous, sang de mon sang, substance de mes os !
Quel souvenir pourrait traverser mon Afrique ? Je ne vous connais pas, je ne vous aime pas, Je n'ai rien su de vous que d'amer ou de bas ; Vous avez offensé mon cœur mélancolique.
‒ Quel souvenir sinon le regret plein d'amour, A travers l'éternel soleil sans espérance, De sentir vivre en moi, comme un sous bois de France, Un seul rond de lumière et toute l'ombre autour ?…
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