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1918

AUX POMMES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Belles pommes d'octobre aux branches des pommiers, Qui tomberez dans les paniers, Brillant enfantement des automnes profondes, Quand les feuilles deviennent blondes,

Vous avez souvenir d'avoir été des fleurs, O mes pommes de trois couleurs, Comme je me souviens, malgré l'expérience, De ma fraîche et naïve enfance.

Au bout de tant de jours, au bout de tant de nuits, Voici que vous êtes des fruits. Oh! parmi vos pommiers épais comme des tentes Combien vous êtes importantes !

Mères du cidre neuf et du calvados vieux, Boisson de ma race aux yeux bleus, Votre suc précieux est en vous qui se cache Comme le lait gonfle la vache.

Pommes qui fermentez dans l'âme de nos gens Fermés, moqueurs, intelligents, Pommes de cette année, à quand l'ivresse claire De nos gas partis pour la guerre,

De nos gas… ou du moins de ceux qui reviendront S'asseoir autour du tonneau rond ?

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