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1951

Aux Derviches Mewlewi

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je garde ce bonheur entre tous les bonheurs D'avoir connu la descendance Platonique, la seule, en ces divins tourneurs Pâlis de musique et de danse.

Une flûte blessée à voix de rossignol Accompagne des tambours frêles ; Et, pour que vingt soufis prennent soudain leur vol, Les bras s'ouvrent comme des ailes.

Ils tournent ! Je te vois, cercle passionné, Et je te sens, spasme de l'âme ! Au grand rythme muet de ces jupes de femmes, Tout mon être aussi veut tourner.

Chœur d'esprits qui glissez comme jadis les anges Sur un signe de Gabriel, Chacun de vous, blanc papillon surnaturel, Se multiplie en pas étranges.

C'est la ronde de rêve et de réflexion. Une main jette, et l'autre accepte. Votre hypostase danse et redit le précepte D'éternelle giration.

Le tournoiement sans bruit de vos candides voiles Évente le mystique lieu, Et vous perpétuez, ô frères des étoiles, Le mouvement qui plaît à Dieu.

Soufis ! Le beau désir de voler vous emporte ! Dans un geste crucifié, Vous tournez, les bras étendus, la face morte Et le souffle raréfié.

Vous tournez, vous tournez, enivrés de vertige, Heureux jusques à la douleur, Et votre robe semble, arrachée à sa tige, Une immense et démente fleur.

Le vol silencieux ! La fraîcheur d'ailes blanches ! Ah ! que chaque pas, chaque tour, Que chaque glissement des pieds nus sur les planches Répète : Amour ! Amour ! Amour !…

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