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1902

AU PRINTEMPS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Il faut nous apprêter à de très grandes joies Parce que le Printemps avec toutes les soies De ses fleurs, sa tiédeur, son odeur, son piment, Hors les bourgeons vernis qui claquent follement

Va sortir, encombrant les jardins et les voies. Déjà le bavardage et la fraîcheur des eaux Regonflent les gosiers innocents des oiseaux. Le lierre encore noir aux arbres s'enchevêtre,

Et, comme au bruit lointain d'une flûte champêtre, Tout l'instinct se réveille et chante dans nos os. C'est alors que, le long des heures bucoliques, Moissonnant au soleil les grandes angéliques

Pesantes de bourdons au bout des prés en fleur, Des paisibles matins aux soirs mélancoliques Nous voudrions griser nos regards de fraîcheur, Jusqu'à ce que, parmi la verdure où l'eau brille,

Notre âme figurât la petite chenille Verte, enroulée au cœur d'une feuille de mai, Qui s'endort, confiée à l'abri qui l'habille, Et se balance au gré du printemps parfumé.

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