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1908

AU PAS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Malgré le doux sous-bois où vont mes promenades, Je sens toute l’Afrique autour de mon cheval. Cavalier insolite, avec mon cœur féal Et fier, je suis Tancrède au pays des Croisades.

Je vais au pas, rêvant, la hanche sous mon poing. Étroite et masculine avec mes fauves bottes. Et, «collant à mon corps, l’orgueil ancien des cottes. Comme mes preux normands qui guerroyaient au loin.

Le long des horizons, le jour court à sa perte. Un pays de couchant' et de lacs violets Brille ; et je ferme un peu les yeux, et je me plais Ainsi, sur mon cheval, aux narines ouvertes,

M’enivrant en douceur du vague conte bleu Qui me fait, d’un revers de ma lance opportune, Le vainqueur du soleil, ce long dragon de feu, Et l’annonciateur de la nouvelle lune.

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