Skip to content
1901

AU MATIN

Lucie DELARUE-MARDRUS

Parmi la pureté du matin triomphant, Je vais, le souvenir encor si frais dans l'âme Du temps où je n'étais qu'un embryon de femme, Qu'il me semble donner la main à quelque enfant.

L'herbe est froide à mes pieds comme de l'eau qui coule, La mer au bout des prés vient chanter son bruit clair Et la falaise aussi déferle dans la mer De tout le terrain jaune et mou qui s'en éboule.

Les troupeaux comme au long d'un poème latin Paissent avec des ronds de soleil sur leurs croupes, Et les oiseaux de mer ont abattu des groupes Que chaque vague berce à son rythme incertain.

Et la prée et les eaux également étales Sourient si bien à mes matineux errements Que je voudrais pouvoir entre mes bras normands Prendre en pleurant ma mer et ma terre natale,

Tout ce coin de nature en qui j'épancherais, Comme en l'asile offert de quelque sein de femme, Câlinement, les yeux fermés, toute mon âme Si lourde de tristesse et de mauvais secrets.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
AU MATIN · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove