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1918

AU COIN DU FEU

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le feu, plaisir des vieilles gens Qui chauffent doucement leur rhume, Fait croire dehors à la brume D'hiver avec tous ses argents.

Voici l'automne et je suis seule. Le bois flambe, craque et se fend. Je me sens à la fois l'aïeule Et la toute petite enfant.

Je me raconte des histoires, Je me souviens de mon passé. Combien les bûches semblent noires, Lorsque la flambée a cessé !

Près d'un feu, les âmes amères Se font bien mieux une raison… ‒ Il va sortir mille chimères Si je souffle sur ce tison.

Flamme, c'est toi ! Quelle belle âme A mon logis silencieux ! On dirait, quand tu parais, flamme, Que la maison ouvre les yeux.

O mon feu ! Pourtant c'est la guerre. Et quand je rêve longuement, Je lis parfois dans ta lumière : « Incendie et bombardement. »

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