Le feu, plaisir des vieilles gens
Qui chauffent doucement leur rhume,
Fait croire dehors à la brume
D'hiver avec tous ses argents.
Voici l'automne et je suis seule.
Le bois flambe, craque et se fend.
Je me sens à la fois l'aïeule
Et la toute petite enfant.
Je me raconte des histoires,
Je me souviens de mon passé.
Combien les bûches semblent noires,
Lorsque la flambée a cessé !
Près d'un feu, les âmes amères
Se font bien mieux une raison…
‒ Il va sortir mille chimères
Si je souffle sur ce tison.
Flamme, c'est toi ! Quelle belle âme
A mon logis silencieux !
On dirait, quand tu parais, flamme,
Que la maison ouvre les yeux.
O mon feu ! Pourtant c'est la guerre.
Et quand je rêve longuement,
Je lis parfois dans ta lumière :
« Incendie et bombardement. »