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1920

ARRACHEMENTS

Lucie DELARUE-MARDRUS

C'est d'abord l'âge, et puis la maladie, Et nous voici regrettant leur santé. Oui, que cela leur soit ôté, Semble déjà toute la tragédie

Malade !… Et c'est, à la longue, normal. Puis, un matin, ceci : le cœur se serre. On a dit : « Cela va plus mal. » Et nous voyons la mort tendre sa serre

Les yeux trop grands et le menton trop fin Disent, hélas ! ce que tout l'amour nie. Certain soir, voici l'agonie, Voici la mort… L'amour dit : « C'est la fin ! »

— Que non ! Ils sont sur leur lit mortuaire. Leur beau visage est là parmi les fleurs, Nous pouvons les couvrir de pleurs. Nous leur parlons… Et soudain, c'est la bière

Face des morts, ô reflet d'infini ! Vous n'allez pas refermer ce couvercle ! La douleur tourne dans son cercle. L'amour hurlant déclare : « C'est fini ! »

C'est fini ? Non, pauvre amour, pas encore ! On haïssait hier l'affreux cercueil. C'est lui qu'aujourd'hui l'on adore. Quelle douleur quand il passe le seuil !

Quelle douleur pire encore : la fosse. Ah ! cette fois, c'est vrai ! Voici la fin. Non ! Non ! Elle était encor fausse, Car voici l'angle où le front heurte enfin

— C'est toi, tombeau ?… Pesante et triste pierre, Me rendras-tu ce que tu m'as pris ? Non. Mais ma tendresse reste entière, Et je t'embrasse en te donnant un nom.

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