Skip to content
1908

AINSI SOIT-IL

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je souris maintenant à mon rêve exaucé, A cette destinée imprévue et fatale Qui ramène de loin vers la côte natale Mon cœur qui s y était, malgré tout, fiancé.

Ainsi soit-il ! Je vais vivre et mourir à l'aise Dans ce morceau du sol normand qui m'appartient, Contempler de longs ans, autour de moi, mon bien, A travers la clarté des vitres Louis seize.

En haut, c'est le seuil fer ou s'inscrira mon nom. En bas, au bout des prés, c'est la ferme et l'étable. Et le tout agencé comme en ce siècle aimable Qui mit la métairie auprès de Trianon.

Ma maison est au cœur d'une noble avenue Où d'anciens tilleuls font un jour sombre et clair. Du fond de ma maison je 'pourrai voir la mer Et la ville, écouter leur allée et venue.

Les corbeaux sur son toit chantaient dies iræ, Les ronces l'étreignaient on la disait hantée. Pour qu elle soit aussi par mon âme habitée, Moi, fantôme vivant, je la restaurerai.

Des roses fleuriront le ciel le long des rampes ; Des soupirs et des ris de jeunesse et d’amour S'entendront. Ce sera comme sur les estampes De mon délicieux ancêtre Debucourt,

Les relents vigoureux qui montent des herbages S'orneront d'un parfum de rose et de tilleul Et j'entendrai, bercée au fond de mon fauteuil, Les bruits du port d'Honfleur qui parlent de voyages.

Or, je repartirai ! Mais que soit mon espoir Fait de pâle soleil, de verdure étoilée ; Je veux toujours chérir, le long de mon allée, Après les jeux du jour, les tristesses du soir.

Je veux le beau temps bleu, l'orage couleur d'encre, Toute la vie au creux des mêmes horizons. Que la succession de mes quatre saisons S'accomplisse en ce lieu choisi : j'ai jeté l'ancre !

Puissé-je désormais ne jamais oublier A travers Orients, sables et cités blanches, Mes tilleuls, ma maison, ma ferme, et ce noyer Qui porte doucement ma ville entre ses branches.

Puissé-je n'aimer rien que mon domaine en fleur Et le vieux médaillon au-dessus de la porte Le foyer où mon âme, enracinée et forte… Doit accomplir, jusqu'à la fin, tout son bonheur.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
AINSI SOIT-IL · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove